Y'avait du rouge du bleu et du noir, je m'en souviens bien. Y'avait du blond et quelques mèches chocolats en vrac. C'était bien travaillé, comme ces ½uvres au fond d'une cave, faites par un vieux fou, perfectionniste jusqu'au bout des ongles, juste parce qu'il n'a que ça. Je sais aussi que c'était légèrement doré et que ça sentait, comme un mélange de coquelicot et d'avocat.
Une merveille.
Il faisait déjà sombre quand c'est passée devant moi. Son parfum s'est prit de moi, m'enveloppant dans du coton ou de la soie, je ne sais pas. Une chose tellement magnifique, il me fallait bien l'approcher, la toucher, l'observer de plus près. Je savais à l'avance, je vous promet je n'ai pas fait d'erreur. Mais c'est comme ça, chacun son péché mignon, pour certain ce sont les chocolats, pour d'autre, l'allure parfaite d'une trouvaille d'exception.
Je sais que je me suis approché, je sais que ça m'a regardé. C'est à ce moment là que j'ai su que je venais de trouver le plus beau de mes trésors. Des yeux vitreux, ceux d'un mort, pleins de ce quelque chose qui vous force à vous accrocher très fort à ce regard, vous savez ? Je faisais peur, comme à chaque fois. J'ai presque sentit, dans l'obscurité, sa peau que je voulais tant toucher, se crisper et frissonner d'effroi. J'ai presque dû tendre l'oreille pour comprendre sa plainte murmurée. Un supplice entre deux sanglots. Pourquoi pleurer si tôt ?
C'est donc dans ces conditions, sans prévisions, au hasard, à la nuit noire éclairée par la vieille ampoule agonisante et clignotante d'un piteux lampadaire, que j'ai croisé la « muse » de cet écrit.
Je ne suis pas un homme laid, je le sais, si vous saviez nombre de femmes qui sont passées entre mes mains et entre le reste... Alors pourquoi ces sanglots et cet effroi ?
C'est plus tard que je me suis rendu compte que je tenais un couteau, dont coulait toujours, cette chose rouge et visqueuse à l'odeur suave et aux arômes de fer. J'ai baissé les yeux et fais tomber cette chose nuisible à mes plans. En face, immobile et emplit de terreur, son corps restait figé et ses yeux me fixaient, à l'affut du moindre geste suspect. Je m'approchais déjà en murmurant des phrases sans aucuns sens. Le mur se rapprochait et quelque secondes suffirent pour l'y plaquer.
Si vous saviez ce que c'était magnifique à mes yeux. J'étais comme un gosse devant une vitrine de jouets, aux heures de noël. Je ne pouvais m'empêcher de me délecter d'avance, de ce prochain repas.
J'ai observé avec avidité, la merveille que je venais de coller au mur et contre toute attente, j'ai reçu un coup dans le bas du ventre. J'avais mal et je me souviens être à terre, ma muse pleurait en me regardant et respirant fort, comme si elle venait de faire un cent mètres. Elle a ensuite hurlé entre ses larmes.
«
Bon sang, qu'avez-vous en tête ?! »
«
Tu as peur de moi ? »
«
Je... Non ! Qu'est-ce qui vous prends de me sauter dessus comme ça ?! »
«
Pourquoi pleures-tu alors ? Un si beau visage... »
Je savais déjà que j'avais gagné. Je me suis relevé doucement, je me suis épousseté tranquillement, j'ai recoiffé mes cheveux, soupiré et allumé une cigarette. J'ai regardé autour de moi, naturellement, comme lassé de l'instant, j'ai laissé un long silence s'installer, comme toujours, c'est le rituel, la première étape...
Mon charme naturel fait toujours sont effet. Vous savez, j'aime les plats bien agencés. Alors je prends mon temps pour les confectionner, c'est comme ça.
J'ai relevé les yeux, fait un faible sourire dans lequel je voulais mettre de la compassion, de la compréhension et d'autres sentiments rassurants du genre.
«
Quel est ton nom et que fais-tu dans les rues à cette heure ? Tu as l'air jeune... »
«
Je m'appelle Edward, j'ai 18 ans et je prends des photos... »
«
Mais ce n'est pas triste de prendre des photos pourtant... »
«
J'ai eu quelque problèmes avec ma petite amie, c'est pour ça que je pleure, pas parce que je prends des photos. »
Il me racontait qu'elle l'avait trompé avec son meilleur ami, enfin, des histoires de jeunes. J'avais seulement deux ans de plus que lui mais j'avais l'impression d'être beaucoup plus mûr. Il était bien sûr, très naïf.
En tous cas j'aimais parler avec ce garçon et même s'il n'était pas dans mes habitudes de choisir au hasard, je ne pouvais pas manquer cette occasion. Je ne suis pas homosexuel, mais tout en lui me donnais envie et je peux vous jurer qu'il a été le seul et unique homme de ma vie. Je vous ai parlé d'une muse plus haut et effectivement, Edward était un homme. Mais il m'a beaucoup inspiré alors je me suis permi d'utiliser ce terme.
Je faisais mine de comprendre et je lui ai même proposé une cigarette qu'il a accepté très rapidement.
«
Quel genre de photo prends-tu ? »
«
Oh... Je m'intéresse beaucoup aux petites rues peu éclairées comme celle-ci, ça donne souvent des frissons et elles font partie de certains clichés. »
«
Certes... »
Je ne savais pas vraiment comment l'aborder. J'étais torturé entre deux envies. Celle de me rassasier de suite ou celle de savourer ce plat d'exception. Vous savez, c'est comme lorsqu'on vous offre un bon vin. Son goût est tellement succulent que vous pourriez le terminer en une seule gorgée, pourtant il vous fait tout le repas car vous savez que vous n'aurez pas tous les jours, l'occasion d'en boire de si bon. Avec Edward, c'est ça que je ressentais. Il était le vin d'exception de ma soirée et étant donné que je venais de passer au plat de résistance, Edward devait faire tout le repas.
«
Edward, je vais être franc, j'ai besoin de toi. »
Je me souviens, que la crainte qu'il avait laissé tomber depuis que nous discutions, était revenue luire dans ses yeux. Si je m'étais un peu plus concentré, j'aurais probablement sentit son sang se glacer. Rien que de voir son visage si terrifié avait stimulé excessivement tout ce qui bouillonnait en moi depuis ma rencontre avec lui. Mais si jamais je faisais le moindre faux pas, je savais qu'il aurait pu entrevoir mon insidieux plan.
«
Tu vas venir avec moi. »
«
Venir avec vous ? Mais pourquoi ? »
Qu'il me vouvoie toujours me faisais me sentir grand et surtout très supérieur à lui.
Il était beau garçon, son visage était plutôt fin je dirais même qu'il avait des traits féminins. Le fait d'être tout efflanqué lui donnait un air assez idiot, mais il savais se mouvoir de ses grandes jambes. Son petit air farouche attirait le regard, mais il n'était pas un homme très fort, ni moralement ni même physiquement. C'est vraiment malsain de ma part de m'en prendre à ce genre de personne. Je ne suis pas très costaud, mais je peux me défendre aisément. Contrairement à lui, qui de son style très coloré, cheveux en bataille et maquillage ébène, voulait être prit pour une personne forte, qui ne l'était pas. C'était franchement drôle et très « tape à l'½il ». Dommage pour lui que ce soit mes yeux que ça ait frappé.
«
Je peux t'aider à te venger. »
Je m'attendais à ce qu'il me prenne au mot. Je tissais déjà tout doucement ma toile autour de lui, sans qu'il s'en aperçoive. Sous cette nuit sans lune, perdu dans une ruelle à la lueur jaunâtre du vieux lampadaire, le plus beau de tous mes cocons vicieux, prenait forme. Et je peux vous garantir, que rien que d'y repenser, me met l'eau à la bouche.
Seulement, vous ne pouvez pas comprendre, alors laisser moi vous faire une comparaison. Avez-vous déjà flirté ? C'est un sentiment vraiment agréable, n'est-ce pas ? Vous êtes avec une personne qui vous plait plus que quiconque, vous êtes seuls, mais il reste cette barrière à ne pas franchir avant que quoi que ce soit ne se concrétise « officiellement ». Voilà ce que l'on aime dans le flirt, c'est un défi constant contre nous même, de se résoudre à attendre le moment où l'on aura passé le point de non retour. Voyez-vous mieux ?
«
M'aider à me venger ? Mais comment ? »
«
Les femmes sont étranges. Elle veulent des choses en particulier et quand elles les ont, elles s'en lassent. Ta petite amie t'aime sûrement profondément mais elle n'a plus trouver satisfaction dans une relation où il n'y a plus rien à attendre, mais juste à vivre. Je me trompe ? »
«
Non ... Enfin c'est vrai que notre couple perdait de son piquant... »
«
C'est ça. Elle a sûrement été voir ailleurs pour remettre ce piquant manquant dans sa vie, soit parce qu'elle ne voulait pas t'avouer ce qu'elle pensait de tout ça, soit pour se prouver rien qu'à elle même que si dans votre couple il n'y avait plus « de piquant » ce n'est pas pour cela qu'elle ne plaisait pas. En gros, ce devait être une perte de confiance, soit en votre couple ou alors en elle même. »
«
Je ne sais pas... »
«
Elle n'a pas parlé de séparation ? »
«
Non. »
«
Alors c'est qu'elle ne veut pas se séparer de toi. Comment était son comportement ? »
«
Au début elle ne parlait plus et elle ne me regardait pas dans les yeux. Puis lorsqu'on a percé l'abcès elle s'est mise à parler vite en argumentant le plus qu'elle pouvait. Et avant que je puisse dire quoi que ce soit, elle s'est sauvée. »
«
Viens avec moi. »
«
Mais on ne se connait pas. »
«
Assez pour que tu me déballe ta petite vie. »
«
C'est vous qui... »
«
Je ne t'ai pas forcé à le faire, refuser c'est pourtant simple. »
«
Où voulez-vous que l'on aille ? »
«
A l'endroit où vous passez le plus de temps ensemble. »
Cette fois, je poussais le vice très loin.
Au fond de moi, je me disais qu'il fallait que j'arrête, que je parte vite, que je le laisse là et que je l'oublie. Mais comment faire ? Consentant à cent pour cent avec mes demandes et aussi naïf. Ma perfection sous les yeux et à portée de main, je ne pouvais pas. Alors j'allais, sans me retourner, vers le point de non retour, je le savais, et mon esprit menait une bataille sanglante, entre le bon coté qu'il me restait encore et mes démons. Comme vous le savez, les démons ont gagné, comme souvent.
On marchait déjà, l'un à coté de l'autre, dans les ruelles sombres et peu éclairées. J'aurais pu, à tous moments, fuir ou même, mettre mes plus grands fantasmes à exécution. On était seuls, le vrombissement des voitures de la nuit, au loin, se faisait entendre, le chant de leurs moteurs, étouffés par les murailles de maisons et immeubles en tout genre, nous encerclant. Je n'ai pourtant rien fait, reportant mon travail à plus tard et profitant de cette présence, qui bientôt ne serait plus.
On arrivait, vous savez ? Je me souviens qu'il a tendu sa main, frêle et osseuse, vers un petite porte de bois qu'il a ensuite poussé. Il s'est engagé, je voyais sa nuque, pour la première fois il me tournait le dos, je ne pensais pas que ça irait si vite. Les médecins ont des réponses à ça. Les tueurs attaquent souvent dans le dos, c'est une frustration. La peur qu'on les oublient, qu'on ne les regardent pas, qu'on ne les voient pas. Tout cela dépend du passé, tout vient des premières années de la vie.
Un petit portail de bois, pas de bruit, un nuage de buée sortant de ma bouche, sa nuque à nue, sans écharpe pour ce froid. Des lampadaires, tous les cinq à dix mètres, mais personne.
Je le laissais s'avancer, s'enfoncer dans ce sombre parc. Je savais déjà ce qui allait ce passer, j'aurai pu faire demi-tour, mais je ne l'ai pas fait. Je sentais, au dessus de moi, mes grandes ailes sombres, venues tout droit de l'enfer, s'élever silencieusement. Mes démons s'agitaient dans ma tête, ma folie, tapie dans le noir, avait ouvert ses grands yeux rouges.
Il grimpait doucement une petite butte, menant à un banc. Il s'est retourné, m'a regardé, j'ai sourit puis je lui ai planté un couteau dans la gorge. Cela faisait un angle, d'environ quarante-cinq degrés avec son cou. Il n'a pas hurlé, il s'est juste effondré.
Il s'est mit à trembler, vous savez ? Il me regardait, essayait de parler, mais le mélange de son hémorragie et l'air qui essayait d'entrer et de sortir, faisait des bulles de sang qui éclataient par moment. Dans un orchestre de petits sons presque inaudibles accompagnés par sa respiration de plus en difficile, la mienne, plutôt calme, et une brise glacial qui nous fouettait tout les deux. Comme à chaque fois, j'étais le chef de cet d'orchestre.
Je me souviens l'avoir violé après avoir retiré tous ses vêtements, mais lorsque j'ai eu terminé mon acte, il ne bougeait déjà plus. Ses yeux étaient fermés, on aurait presque dit qu'il dormait.
Une suave effluve de sang tournoyait autour de moi, ce qui rendait mes démons encore plus turbulents, comme ces chiens de combats, que l'ont lâche trop peu souvent et qui, derrière leurs barreaux de fer, se tordent de rage. J'observais mon art, je la câlinait après l'avoir souillé. Dans ces moments là, je n'ai plus une seule once d'humanité, je suis une bête, une créature avide de chaire et de sang.
Les criminologues vous diront que les tueurs en série ont des habitudes et c'est grâce à ça qu'on les reconnaient. Leur façon de tuer, de disposer le cadavre de leur victime, un endroit particulier, des biens précis volés, des actes sexuels ou non, après ou avant le meurtre, des mutilations spéciales... Et des tas d'autres choses.
Edward ne méritait pas d'être traité comme les autres, puisse qu'il était ma victime idéal. J'ai donc fouillé au fond de ma poche pour en tirer une petite lame de rasoir. J'ai entaillé sa peau à plusieurs reprises en essayant de faire ça du mieux que je pouvais. J'ai découpé son corps, comme un morceaux de beef-steak bien saignant et j'ai aimé ça. Je me suis ensuite relevé, j'ai déchiré sa chemise pour en faire un lien, j'ai attaché très fort ses mains à ses jambes dans son dos. Son corps devenait de plus en plus rigide, ce qui me permettais de pouvoir le placer comme bon me semblais. J'ai fait baisser sa tête pour que son mentons aille toucher son torse et je l'ai pris en photo. J'ai effacé du mieux que je pouvais mes empruntes, je connaissais par c½ur, l'ordre dans lequel la police enquêtait.
Je savais qu'il entamait déjà sa traversée du Styx alors que moi je m'apprêtais à rentrer chez moi. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait, le laissant là, à demi pénombre dans le parc. Assez en évidence pour qu'on le remarque si on s'en approche de trop près, pas assez si on ne fait pas attention. Je connaissais tous les endroits de cette ville par c½ur. Toutes les zones d'ombres à chaque heures de la journée.
Lorsqu'on est enfant on apprend des poèmes, moi j'apprenais d'autres choses.
Je suis rentré chez moi, j'ai prit le chemin le plus long, les mains dans poches, les yeux vides de tous sentiments, rassasié jusqu'à ce que je croise ma prochaine victime idéale. Je suis arrivé chez moi, je me souviens de tous les détails de cette soirée, elle est gravée en moi et comme une litanie qui s'abat chaque soir à l'heure de la mort d'Edward, ça revient. Une pensée pour lui, une bougie que j'allume, un encens que je brûle, moi le tueur, moi l'horreur.
J'ai ouvert la porte de ma maison, allumé la lumière et comme effrayés par mon arrivée, les factices funambules à qui je tiens tant, se sont mit à danser pour s'arrêter quelque secondes plus tard. Ils me disaient bonjour, comme tous les soirs quand je rentre.
D'ailleurs, Edward en fait partit de ces funambules. Les vestiges de sa chemise et un morceau de son pantalon à son effigie, comme pour tous les autres avant lui. J'ai oublié de vous dire que j'emporte toujours un souvenir.
Un cris vint briser le silence. Des sanglots venant d'un placard en face de la place d' « Edward ». Je me suis retourné, après avoir pendu ma merveille, je suis allé ouvrir la porte et c'est là que je me suis réveillé.
J'étais dehors, dans l'herbe fraiche du printemps. Le soleil m'assenait de ses rayons brûlant, mon corps encore engourdis par le gèle de l'hiver ne s'y faisait pas encore. Je me suis relevé, j'ai regardé autour de moi, c'était un immense champ, cossu de milliers de fleurs de toutes les couleurs. Il n'y avait pas de son, pas de de vent. Comme si nous étions dans un film que l'on avait mit sur pose. J'ai commencé à marcher, même mes pas ne faisaient pas le moindre son. Le champ s'étendait sur des centaines de kilomètres à la ronde et seul un immense saule rose trônait à quelque pas de là où j'étais. Il n'y avait pas d'ombre, d'ailleurs si on regardait le ciel, il y avait un soleil à l'est, à l'ouest, au nord et au sud. Ce ciel n'était pas bleu, il était pourpre et les nuages étaient noirs. Pourtant, l'ambiance ne changeait pas de ce dont à quoi j'étais habitué. Je me suis mis à avancer vers le saule, qui paraissait proche, mais qui ne l'était pas, en réalité. Je n'étais pas le moins du monde choqué par ce qui se passait.
Il m'a fallu presque trois heures pour arriver à hauteur du roi de la prairie et plus je m'en approchais plus il devenait petit. C'est d'ailleurs devant un saule de quelque centimètres que je me retrouvais une fois arrivé. Je me suis penché sur lui et un son, le premier que j'entendais depuis mon réveil, venait de se produire. Un son affreux, plus fort que tout. La puissance avait même fait éclater mes tympans, qui saignaient abondamment. Je n'avais pourtant pas mal, je sentais juste le sang dégouliner sur moi et le sol se tachait rapidement de cette chose rougeâtre et visqueuse.
Le bruit se répétait frénétiquement, torturant mon corps et faisant éclater un à un, mes organes. Je vivais toujours malgré tout. Je me demandais ce qui pouvait produire ce son meurtrier et je me suis remis en marche, comme si de rien était alors que je devais presque tenir mes tripes pour ne par les perdre en route.
Je n'étais plus qu'un amas de chaire et d'os brisés, comment pouvais-je encore vivre alors que n'avais certainement même plus mon apparence humaine ?
Un minuscule papillon s'est posé devant moi, il était jaune, il battait des ailes et ce sont ses battements qui produisaient le son. J'ai continué à avancer malgré tout et après quelque mètres le papillon s'est mit à parler.
«
Il y a des funambules qui aimeraient boire un café avec vous. »
Les papillons ne parlent pas, je le sais, mais ici, rien n'avait l'air normal. Je n'ai pas eu le temps de comprendre, le paysage avait changé, j'avais reprit mon apparence humaine, j'étais sur une petite barque, flottant sur de l'eau noire où des squelettes d'hommes et de femmes nageaient comme des dauphins. Un homme qui portait une grande cape noire faisait avancer la barque, une bougie à sa pointe éclairait l'avant et çà et là des petites éclaboussures faisaient émaner des longs et stridents cris d'agonie. Cela pourtant, ne me choquait pas. Je m'ennuyais, impatient de savoir qui pouvait bien vouloir prendre un café avec moi.
L'insipide et fastidieux chemin se terminait presque, à mon plus grand soulagement et en face, sur l'autre rive, Edward me faisais un grand signe de main.
Fin